Informatique et intelligence collective ou le syndrome de la caisse automatique

Mis à jour : mars 13

Dans la file d’attente à la caisse de mon supermarché, je peste en regardant ma montre. Comme chaque semaine, je constate que j’ai mis moins de 20 minutes à choisir mes produits et que je vais passer plus de temps à la caisse.

La personne en charge des caisses automatiques passe alors dans la file pour débaucher quelques clients. Je lui annonce que j’irais avec plaisir mais que j’ai trop d’articles. Immédiatement ma voisine de file d’attente m’explique que je « ruine l’emploi avec mon comportement ». La violence de ses propos me pousse à réagir en lui disant que le travail répétitif de caissièr(e) à tout du travail de machine et que je trouve plus juste que des machines fassent un travail de machines.

Nous nous ignorons gentiment le reste du temps d’attente. Mon tour arrive. Et, alors que je termine de mettre mes articles en sacs, elle engage une conversation très détendue avec la caissière qui fait des moulinés avec son bras gauche en grimaçant.

La caissière – J’ai une douleur là, dans l’épaule.

La cliente : - Ah oui vous avez une petite tendinite, je pense.

La caissière :- Oui c’est à force de faire ce geste (elle mime le passage des articles devant le lecteur de code à barres).

Immédiatement j’ai eu envie de dire « vous voyez bien Madame! La caisse automatique, elle, ne risque pas les douleurs à l’épaule! ». Mais, les mots sont restaient bloqués dans ma gorge. Car immédiatement, je me suis rendu compte, que sous des prétextes de préservation de l’emploi, cette cliente voulait préserver le rare (peut-être même l’unique) rapport humain de sa journée.


En rentrant chez moi, je me suis demandée ce que l’informatique, le numérique avait comme impact sur l’intelligence collective?

En temps qu’accompagnatrice par le dessin qui utilise des techniques pédagogiques basées sur l’image je réalise de nombreuses présentations dessinées. Dessins que je scan et compile ensuite en une présentation (mais je ne fais pas de PowerPoint classique, comme vous avez pu le voir dans mon post Représentation esthétique de données ou l'anti PowerPoint#1)

Le numérique me permets également de tenir ce blog qui me pousse à me questionner. Certes, je pourrais autant me questionner en écrivant un journal. Mais, le média blog rend publiques mes pensées. Et je peux entrer en interaction avec les lecteurs grâce aux commentaires (d’ailleurs n’hésitez pas à commenter mes articles).


Pour animer une séance d’intelligence collective, l’informatique, le numérique est t’il nécessaire? Jean-Philippe Poupard qui a écrit l’une des bibles du facilitateur[1] (Devenir facilitateur : professionnaliser ses pratiques collaboratives en entreprise. Ed. 1M30 publishing, 2017), consacre un très maigre chapitre à ce sujet.

Pour pouvoir utiliser le numérique, le facilitateur doit préparer en amont ses supports et les tester pour éviter les problèmes techniques. Or, pendant une séance, le facilitateur doit sans cesse réaliser de petites, et parfois même de grosses, adaptations au déroulé pour composer avec la dynamique de groupe. La préparation en amont de supports numériques représente donc un risque de cadenasser l’intervention du facilitateur.

Les participants sont souvent sollicités pour la prise de note. Et il y a une différence importante entre confier une tablette à un membre du groupe pour qu’il prenne des notes, et laisser paper-board et marqueurs à disposition de qui veut s’en saisir. La main qui écrit à l’effet magique d’améliorer l’appropriation de la personne qui écrit et d’améliorer la circulation de la parole pour ceux qui la regarde écrire ou dessiner. La transcription numérique ne retranscrit pas les sentiments. Or une large partie de la matière qui découle d'une séance d’intelligence collective repose sur les sentiments. Seul le dessin à la main peut retranscrire cela.

Le numérique permet cependant de réunir des gens qui sont éparpillés sur le territoire, voir dans le monde. J.P. Poupart se demande si une visio-conférence peut remplacer une séance d’intelligence collective en présentiel ?

Pendant une séance ce que l’on demande avant tout à un facilitateur c’est «d’occuper l’espace». Mais dans notre cas il n’y a pas d’espace physique. Il n’y peu de chance que la dynamique de groupe s’installe car elle repose beaucoup sur le physique : faire bouger les participants, s’observer et interpréter le langage du corps…Comme dit plus haut, les sentiments ne passent pas par le numérique, il y a donc un très grand risque d’incompréhension du message.

En résumé, pour J.P. Poupart « Il n’y a pas d’efficacité collective pérenne sans communication interpersonnelle de qualité entre les participants ».


Alors peut-être que le numérique n’est d’aucune utilité dans l’intelligence collective. Ou, peut-être, que les outils numériques adaptés n’ont pas encore été inventés.

Il faut avoir en tête que le monde du numérique est un formidable vivier d’innovation. Notamment, dans le domaine des techniques de co-construction.

Pour moi, le numérique à donné à l’intelligence collective une formidable source d’inspiration : la méthode Agile[2]

Le manifeste Agile a été écrit en 2001 par Jeff Sutherland et Ken Schwaber. Développée dans le monde du logiciel, l’agilité repose sur 4 valeurs principales :

1- favoriser les individus et les interactions, plutôt que l’outil

2- créer le plus rapidement possible un logiciel qui fonctionne, plutôt que réaliser, sur la durée, une documentation exhaustive

3- collaborer avec le client, plutôt qu’avoir un rapport contractuel avec lui

4- s’adapter aux changements qui adviendront en cours de route, plutôt que de suivre un planning projet prévu en amont de la phase de développement


Des valeurs qui s’appliquent totalement à l’intelligence collective. Aussi bien pour permettre l’idéation et l’innovation, que pour construire une dynamique de groupe. L’intelligence collective est, rappelons-le, avant tout basée sur l’humain, l’interaction de groupe et non sur le livrable. Et c’est justement par ce qu’il y aura une interaction de groupe de qualité que le groupe pourra produire le livrable attendu.


Plus d’informations sur la méthode agile dans cette mind map réalisée à partir du livre Les pratiques de l’équipe agile (THIRY, Thomas. Les pratiques de l’équipe agile : définissez votre propre méthode. De Boeck supérieur, 2019)


Mind map la méthode Agile - Drawthelight Facilitation Gaëtane Perrault



  1. [1] C’est le nom que l’on donne au professionnel animateur de séance d’intelligence collective [2] Le manifeste Agile en français sur ce site agilemanifesto.org

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