Jeu et intelligence collective ou faut-il amener votre vieille boite de jeu en réunion de service

Le week-end dernier se tenait la 34ème édition du festival internationale des jeux de Cannes. Fort de ses 110 000 visiteurs en trois jours, ce salon rappel que le succès des jeux de société ne faiblit pas, voir augmente dans notre société (si l’édition 2021 vous intéresse, rdv sur leur site (festivaldesjeux-cannes.com/fr).

Les adultes d’aujourd’hui ont grandit avec le jeu vidéo et ne relèguent plus le jeu à une pratique enfantine, familiale pour jour de pluie. Les jeux d’ambiance se développent et font le bonheur des apéro entre ami(e)s. Les jeux dits « d’experts » aux règles complexes et demandant des prérequis, se développent. Ils permettent de créer des communautés de joueurs, qui sont de véritables communautés d’appartenance. Avec les Applis, le jeu envahit tous les secteurs : le sport bien sûr, mais aussi les rapports amoureux.

Qu’en est-il du monde du travail ? Faut-il dépoussiérer votre boite de Risk pour la prochaine réunion de service ?


Les apports du jeu en psychanalyse ont été prouvés dès la première moitié du 20ème siècle. D’abord par Mélanie Klein (psychanalyste Austro-britannique 1882-1960) qui trouvait que le jeu permettait de réaliser avec des enfants la « cure » des adultes chez Freud. Il permet à l’enfant de « parler de ce  quelque chose » à l’origine des troubles.

Ensuite, par Anna Freud (1895-1982 née en Autriche puis naturalisée Britannique) qui prônait une approche pédagogique du jeu. Le jeu permettait de « faire quelque chose » avec l’enfant déclenchant ensuite la chaine jeu-interprétation-réaction.

L’école utilise considérablement l’aspect pédagogique du jeu. Le jeu semble transformer les règles les plus rébarbatives en plaisir, notamment les règles d’orthographe et de conjugaison. Qui n’a pas reçue (avec plus ou moins de plaisir) un Vocabulon, un Scrabble ou un Boggle en cadeau de Noël dans ses jeunes années ?

Le jeu va plus loin, il crée du lien social et permet d’apprendre le vivre ensemble. On joue ensemble et on respecte les règles comme dans la société.


Le jeu existe dans toutes les sociétés et depuis que le monde existe (L’esprit du jeu chez les Aztèques. Christian Duverger. EHESS éd. 1978). L’économiste français Alain Cotta, dans son ouvrage de référence La société ludique : la vie envahie par le jeu (Grasset, 1992) retrace une histoire du jeu :





Avec l’abaissement du temps de travail, l’arrivée des congés payées et du chômage choisi ou contraint, nos sociétés sont devenues « ludiques ». Il faut tromper l’ennui que le travail ne comble plus.

De plus, il n’existe plus sur notre planète de territoire inexploré. Si cela a conduit l’homme à la conquête spatiale dans les années 60, cela a aussi permis, dans ces mêmes années, la création des jeux de rôle. Internet, dans les années 90, apporte également un nouveau terrain de jeu à l’homme.

Enfin, et ces là que les choses deviennent intéressantes pour le monde du travail et l’intelligence collective, le jeu permet de faire face au « désenchantement des explications du monde » (l’expression est de Weber). Le développement des sciences dès le 19ème siècle a fourni aux hommes des explications sur tous les mystères de l’univers. L’individu se retrouve sans plus rien à rechercher. Le jeu permet de créer de nouveaux univers, emplis de mystères et ré-enchante le quotidien (il faudra d’ailleurs qu’un jour j’écrive un article sur l’apport des contes et légendes à intelligence collective).


Le jeu est à l’image de la vie, il mobilise les ressources face aux problèmes et aux enjeux. Son cadre ludique met les joueurs à l’aise, permet d’évacuer le stress et tout ce qui peut être bloquant dans la réalité. Le jeu permet également une montée en compétences car il est répétitif (il s’agit de faire plusieurs parties). Par la répétions nous maitrisons les situations, nous devenons plus habiles. Les jeux de stratégie permettent de développer l’art de la négociation, des alliances et de la tactique. Cela renforce nos compétences autant que notre estime de soi.

Le jeu est également une expérience cathartique. Nous pouvons y vivre un échec sans répercussion, créer une émulation entre compagnons de jeu (ici des collègues) lorsque nous gagnons ou juste lorsque nous atteignons un stade du jeu, un objectif.

Le jeu révèle certains traits de caractère qu’il vaut mieux connaître chez nos collaborateurs. Ainsi, se vexer lorsque l’on perd, ou tricher pour arriver à ses fins en dit beaucoup sur la réaction d’un collègue face à l’échec, sur le rôle qu’il pense tenir au sein de l’organisation. Chez ces personnes, un lien s’effectue entre l’issue du jeu et la valeur que la personne accorde à elle –même.

Le jeu permet de jouer sur l’élasticité du cerveau. Il est de plus en plus utilisé dans le corps médical, dans les services d’accompagnement de personnes âgées ou d’enfants. Il agit sur les troubles de l’anxiété, de la timidité, de l’intégration. Il permet d’améliorer les capacités de concentration, de contrôler ses émotions. Le jeu est délimité par un périmètre, les règles du jeu et un espace qui peut être aussi bien le lieu du jeu, que le temps de la partie.

Enfin, le jeu stimule le cerveau, développe intelligence et imaginaire.


Alors oui, utiliser le jeu pour concerter des équipes sur de profondes évolutions peut les plonger dans une atmosphère plus propice à l’acceptation et à la production. Car le jeu est une parenthèse dans la réalité. Le jeu propose un espace moins stressant et moins impactant.

Cependant, très vite le jeu devient réalité. Il nous amène à des situations vécues dans la vie (nouer des relations amicales ou hostiles, posséder des choses ou se voir déposséder...). Il se joue ensemble et devient donc une réalité (même temporaire) pour le groupe. Il est lié au plaisir, aux émotions, à la gratuité et au besoin d’aventure. Autant de qualificatifs que recherchent les membres de vos équipes dans leur travail aujourd’hui.

Comme l’indique le sociologue de l’imaginaire Aurélien Fouillet (L’empire ludique : Comment le monde devient (enfin) un jeu. François Bourrin Ed. , 2014) le jeu est un formidable espace de création, d’expression de la force vitale. Il permet de réinventer le vivre ensemble. En jouant, nous ne cherchons pas à nous évader d’une réalité désenchantée, mais plutôt à reconstruire ensemble et de manière sincère un monde plus idéale et juste.

Alors oui, dans la période de transitions que nous connaissons, le jeu est un formidable outil de co-construction et d’innovation.

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