L'individu et le groupe ou pourquoi ce blog s'appelle Chroniques Collectives

Lorsque j’ai décidé d’écrire ce blog sur l’intelligence collective, je n’ai parlé de cela à personne. Il y a bien eu un échange avec mon compagnon, mais la décision était prise.

Parler du collectif à partir d’une décision individuelle peut paraître une méthode peu adéquate (mauvais début Gaëtane !)

Mais les décisions, mêmes prises en groupe, ne sont-elles pas toutes individuelles ? Quel est l’impact de l’individu sur le groupe ?


La sociologie a longtemps considéré qu’il n’y avait pas d’individu sans groupe. L’individu nait dans un groupe et agit selon les principes de ce groupe. Le groupe d’appartenance le pousse à avoir une certaine représentation du monde, à évoluer dans un cercle et à prendre des décisions à travers ce prisme. C’est le fameux Habitus de Bourdieu qui a poussé les sociologues à envisager le groupe comme un « bloc » d’individus façonnés par des principes (mode de vie, normes, croyances…). Jusqu’à l’arrivé de Bernard Lahire et son Homme pluriel (L’homme pluriel : les ressorts de l’action. Paris, Nathan, 1998 et le livre que j’ai dévoré en 2008 lorsque je passais le concours de bibliothécaire territoriale, et cela malgré ses 500 pages, La culture des individus : dissonances culturelles et distinction de soi. Paris, la Découverte, 2004). Dans cet essai, il effectue une superbe relecture de Bourdieu, Peter L. Berger et Thomas Luckmann.


Pour Berger et Luckmann il existe deux formes de socialisation. La primaire qui intervient pendant l’enfance et l’adolescence et qui permet de construire sa personnalité et son identité sociale. La secondaire qui intervient tout au long de la vie d’adulte et qui est liée aux différents milieux que fréquente l’individu. Fréquenter un club de sport, une école, une entreprise, changer de poste… complète et transforme l’individu car cela le pousse à adopter de nouvelles règles de conduite.


Pour Lahire dès l’enfance, l’homme (et la femme) est confronté à divers groupes sociaux. L’enfant n’est pas élevé que par ses parents : auxiliaires de puériculture, enseignant(e)s, animateur(trice)s… sont issus de contexte sociaux divers qui influencent l’enfant. Aujourd’hui, l’accès de plus en plus facilité à l’information, le développement du numérique permettent à l’individu d’avoir accès à des réalités sociales très différentes. Ces réalités sociales lui offrent davantage d’options, la possibilité de faire des choix. Ces choix peuvent entrer en conflit avec son éducation. Il existe donc une diversité des socialisations qui débouche sur un habitus non unifié.

L’individu se constitue ainsi un « stock d’habitus » dans lequel il va piocher dans les différentes situations que sa vie lui propose de connaître.

Ce mécanisme est en place lorsqu’il doit prendre une décision. La prise de décision individuelle est basée sur l’expérience et la croyance de la personne.

Ce phénomène est–il en place lors de décision prises collectivement ?


Ma décision aurait–elle était différente si j’avais confié ma réflexion à un groupe ? A mon cercle de connaissances ou à un groupe d’étrangers ?

Il est question ici de l’influence du groupe sur l’individu. Kurt Lewin (philosophe allemand, 1890-1947) dans ses travaux sur la dynamique de groupe, a montré que l’individu est fortement « modifié » par le groupe. La reprise des travaux de Kurt dans les années 70 et 90, a montré que l’individu regarde le comportement de chaque personne dans le groupe. Soit, la personne copie le comportement pour être uniforme et renforcer l’appartenance au groupe. Soit, elle s’en démarque pour se valoriser.

Si l’on veut opérer un changement dans une structure, il vaut mieux faire changer un petit groupe, puis un groupe plus important qui deviendra acteur d’une transformation globale. Se développe ici l’idée que l’on fait mieux évoluer un groupe qu’un individu seul. Cependant, le groupe change par un comportement de mimétisme de chaque composante du groupe. Il s’agit donc bien d’une évolution individuelle, même si elle s’opère à l’intérieur d’un groupe.

L’un des premiers intérêts à mettre en place l’intelligence collective est de que l’individu est décuplé par le groupe (mise en place d’un dialogue, plus d’expériences, plus d’idées…).

J’ai bien sûr observé tout cela, vues les miracles de la dynamique de groupe.

Cependant, je garde en tête l’effet Ringelmann (Maximilien Ringelmann, 1861-1931 universitaire français) qui montre dès 1913, en observant une séance collective de tir à l’arc, que la force de traction collective est inférieure à la somme des tractions individuelles. Inghman et ses collègues, en 1974, reprennent ce travail et mettent en avant l’effet de paresse sociale (« social loafing », aussi appelé « Ringelmann effect »).

L’individu est inhibé par la présence du groupe lorsqu’il doit effectuer une tâche complexe. Car l’individu va se comparer au groupe et celui-ci menace l’estime de soi. Mais, lorsque l’individu doit réaliser une tâche simple au sein d’un groupe, alors sa force est découplée par le groupe. Car il pense à la valorisation que le succès lui apportera et à la possibilité de réaliser une comparaison sociale.


A l’intérieur du groupe l’individu joue donc un rôle capital. Et même si l’individu est influencé par le groupe, les actions qui y sont menées et les décisions qui y sont prises sont le fruit des agissements individuels. Agissements guidés par l’expérience personnelle.

La force du groupe existe. Elle existe d’autant plus que ce groupe est composé de personnes en grande unicité de soi. C’est à dire de personnes ayant une connaissance de soi, pour lesquelles le corps, le cœur et l’esprit sont unis.


Pas de mauvais signe donc, dans ma décision individuelle d’écrire ce blog sur l’intelligence collective. D’autant plus que cette décision, jusque dans le choix du titre, est liée à des expériences personnelles. Des expériences qui remontent à l’enfance, lorsque j’ai connu ma première expérience d’intelligence collective dans la cours du collège avant une interro sur un livre de SF que je n’avais pas lu : Chroniques Martiennes de Ray Bradbury. J’ai réalisé dans ma tête ma première carte mentale, une sorte de fiche de lecture composée des récits du livre d’une dizaine de camarades que j’avais eu le temps de sonder à la cantine. Cette carte mentale collective m’a permise d’avoir une excellente note (un 17, il me semble). Une note supérieure à celle de mes camarades qui avaient lu le livre en entier. Alors que je moi, je n’avais pas lu plus de 3 chapitres.

Même cette idée de l’écriture d’un blog vient de l’enfance. Avec lui je peux enfin écrire le journal que je n’ai jamais vraiment réussi à écrire. J’ai toujours considéré que les femmes importantes écrivaient des journaux intimes. Petite ma mère m’y poussait pour travailler mon orthographe et ma syntaxe. Aujourd’hui encore je lis des journaux intimes. Ils sont une porte d’entrée dans les grandes pensées de ce monde, mais aussi des témoignages de la simplicité du quotidien.


Je n’en suis qu’au début de mon apprentissage de l’intelligence collective et j'ai conscience de mon manque de maîtrise des apports de l'école de Palo Alto; Mais, je tends déjà à croire que l’approche que l’on fait de chaque individu à l’intérieur du groupe, la découverte de son histoire, la mise en avant de ses expériences, compétences, croyances, ainsi que la mise en place d’un mode de communication dédié sont primordiaux. Car c’est l’individu qui fait la richesse du groupe et lui permet de prendre des décisions.


Et vous ? Qu’en pensez vous ?


Gaëtane Perrault- Drawthelight Facilitation










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