Le silence en intelligence collective ou de l’intérêt d’être un ver silencieux.


Dans un groupe qui dialogue il y a ceux qui parlent et ceux qui ne parlent pas.

Le scénario de celui qui parle et de celui qui se tait à tendance à se répéter de dialogue en dialogue, de réunion en réunion. Le travail de l’encadrant, de l’animateur, de l’accompagnant est souvent vu comme un rôle de distributeur de la parole. Il est demandé aux facilitateurs de faire en sorte que chacun puisse s’exprimer pour participer et mettre en avant son potentiel.

Mais, l’acte de parole est-il obligatoire pour obtenir la co-construction ? Le silence n’aurait-il pas sa place dans l’intelligence collective ?


En Occident on considèrent que les personnes qui prennent la parole dans un groupe sont des personnes fortes, affirmées, qui peuvent exprimer opinions et sentiments. Les personnes qui parlent ont plus de chance d’être considérées comme compétentes et influentes et cela même si leur prise de parole est peu pertinente.

Comme s’il suffisait de prononcer des mots (« mot » vient du latin « muttum » qui signifie

« son ». Les mots sont un ensemble de sons) pour faire croire que l’on prononce une parole (d’après le CNRTL, « la parole » est une suite de mots servant à exprimer une pensée).

A l’inverse, celui qui se tait est vu comme peu sûr de lui, peu intéressé ou dans le refus. Heap, Lewis et Ward ont, tour à tour, classifiés 7 types de silence en psychothérapie :





On remarque ici qu’aucune forme de silence n’est jugée positivement. En occident, il vaut mieux parler pour ne rien dire plutôt que de se taire !

Les expressions « passer sous silence » un sujet, « réduire son adversaire au silence », « loi du silence » donnent également au silence une connotation négative et montrent à quelle point est considéré comme gagnant celui qui s’exprime.

Si la parole trop utilisée devient bruit, le bruit reste un symbole de modernité, de vitesse. Les peintres futuristes Russes et Italiens ont associé la modernité à la machine, la vitesse et le bruit.



En Occident, seule l’Europe du Nord ferait exception à cette règle. En Norvège, Suède et Finlande, on considère qu’il faut bien peser ses mots avant de parler. Car une parole prononcée ne peut être retirée. Le proverbe Finlandais « N’oublie pas que tu n’as qu’une bouche et deux oreilles », nous rappelle que l’homme est physiquement programmé pour écouter et se taire.


Les philosophes qui se sont intéressés au silence, se sont aussi intéressés au sens, comme Sénèque (né entre - 4 et -1 avant J.C. et mort en 65 après J.C.). Toutes les formes de spiritualité à travers le monde se retrouvent dans le silence. Le silence intérieur permet d’entrer en dialogue avec soi même.

Lorsque que nous nous taisons, nous réfléchissons intérieurement, en nous nourrissant des bruits alentours pour construire, peut-être une parole (une vraie parole), et de façons certaine, une vision du monde.

Les sociologues Philippe Breton et David Le Breton, dans leur ouvrage Le silence et la parole: contre les excès de la communication (Edition Eres, 2017) proposent un échange autour de leur point de vu divergeant. Pour Philippe Breton, la parole est ce qui nous permet d’être et surtout d’être ensemble. Pour David Le Breton, le silence est primordial car il permet de donner du sens.

Si la parole est un instrument précieux qui nous « lie aux autres », comme le stipule l’introduction de l’ouvrage, celle-ci se développe trop dans notre société. Au point de devenir un bruit qui empêche les respirations dans le discours. Ces temps de pause qui permettent de réfléchir à la parole prononcée, de l’intégrer, d’apprendre d’elle[1].

L’ouvrage pose la question de savoir si l’ « on peut parler sans se taire et donc sans

écouter ? ».


Dans notre société le silence de l’auditoire accorde un espace supplémentaire de parole à celui qui s’exprime. On attend généralement le silence pour pouvoir exprimer un avis contradictoire (Ah ! Cette manière de commencer une phrase par « oui, mais… »)

Les sociétés Asiatiques, elles, font l’éloge du silence. C’est un instant de qualité qui ne peut être rompue que si l’on estime que notre parole sera supérieure[2].

Le silence permet d’observer et d’écouter l’autre et donc d’apprendre de sa parole, de lui donner un sens. S’opère alors une réflexion, un dialogue intérieur. Silence n’est donc pas significatif d’absence de parole (il existe une parole intérieure) et encore moins d’absence de communication. Un froncement de nez, un signe de tête représente une approbation ou un désaccord qui nourrit également le dialogue.


Le silence serait donc une attitude à encourager en intelligence collective. Il améliore l’écoute, permet la réflexion et débouche sur une prise de parole frugale porteuse de sens et potentiellement génératrice d’idées.

Nous devons faire face aujourd’hui à de nombreux dérèglements. De vastes transitions sont à opérer. Pour cela il faudrait s’éloigner du bruit incessant et accorder une large place au silence. Car comme le dit le proverbe japonais « les vers silencieux font de plus grands trous dans les arbres ».


Drawthelight Facilitation – Gaëtane Perrault


[1] David Le Breton, avait déjà parlé de silence dans un essaie paru en 1997 Du silence, Ed Le Métailié [2] « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi ». Proverbe chinois

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